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euxième dimanche de Pâques 23 avril 2006-04-22

Signes et preuves Jean XX,19-31

Si Thomas nous était présenté comme un « maître du soupçon », il faudrait se dire qu’il y a erreur de présentation. Thomas n’est pas l’image du doute mais celle de l’incrédulité, ce qui est beaucoup plus radical. Il a la chance de connaître directement les premiers témoins de la Résurrection et il récuse complètement leur témoignage. Les dires et les propos de ses compagnons ne sont que des signes et lui, il réclame des preuves !

L’incrédulité est le contraire même de l’acte de foi. Le doute, lui, n’est pas le contraire de croire. L’incrédulité s’obstine à réclamer des preuves en s’arc-boutant sur la seule et unique raison. La raison, livrée à sa seule quête des preuves, ne peut engendrer que le plus grand scepticisme, particulièrement sur le terrain religieux, ce qui faisait dire à Pascal : «  Les prophéties, les miracles mêmes et les prétendues preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu’on puisse dire qu’ils sont absolument convaincants. » (Pensées, XXIV,18)

Comment dépasser l’obstacle inévitable de l’incrédulité ?

Ecouter Dieu avec son cœur, répond Pascal : «  C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce qu’est la foi : Dieu sensible au cœur et non à la raison. » (Pensées XXIV,5)

La foi serait donc affaire de cœur plutôt que d’intelligence et de raison ? Les lumières viennent de Dieu par la voie du cœur : «  Je sais que Dieu a voulu qu’elles entrent du cœur dans l’esprit, et non pas de l’esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonnement qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit … Et de là vient qu’au lieu qu’en parlant des choses humaines on dit qu’il faut les connaître avant que de les aimer, les saints au contraire disent qu’il faut les aimer pour les connaître, et qu’on entre dans la vérité que par l’amour. » (Esprit géométrique , III, p. 175)

Autrement dit, tandis que nous pensons trop souvent que la raison par la voie des preuves, peut nous conduire à la foi et que la foi sert de flambeau et de base à l’amour de Dieu, avec Pascal nous avons envie de vous dire que la raison, capable seulement de doutes et d’incertitude en matière religieuse, doit se taire devant la foi, et que pour atteindre à celle-ci, il faut d’abord passer par l’amour.

L’argumentation des « preuves » de Dieu nous servira tout juste à nous convaincre qu’il n’est pas irrationnel de croire, mais au-delà de la seule rationalité, seule l’inclination du cœur et de ses puissances affectives acceptera, non pas d’être contrainte par des preuves mais d’interpréter des signes comme un appel de Celui-là qui se révèle comme Personne divine, comme Langage (Logos) amoureux de l’Homme.

Dieu ne se fait pas connaître par la voie des preuves, car les preuves contraignent à l’assentiment : leur caractère irrécusable ne laisse aucune alternative ! Les signes, eux, - parce qu’ils demandent à être interprétés – ouvrent une distance, un espace : celui du refus, des doutes et des atermoiements, ou bien celui de l’acte de FOI. Dans la foi, comme dans l’amour, nous n’avons pas de preuves, mais que des signes.

L’amour ne se prouve pas, en ce sens qu’il ne peut contraindre, mais il se signifie, c'est-à-dire qu’il pose des jalons sensibles pour toucher le cœur et l’intelligence afin de les conduire, en toute liberté, à l’acquiescement. Les preuves sont de l’ordre de la nécessité. Les signes sont de l’ordre de la liberté.

Amour te foi ne dispensent pas pour autant du doute, de cette insuffisance de confiance, de cette limite intérieure qui tend à nous rétrécir sur nous-mêmes. Amour et foi demandent un dépassement quasi constant du doute et de l’incrédulité. Et comment dépasser le doute sinon dans cet acte patient, timide, humble et silencieux, de l’abandon de ses certitudes qu’est tout simplement la prière ?

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Père Alain Maillard de la Morandais

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Chapelle de l'Agneau de Dieu

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