Chapelle de l’Agneau Vainqueur jeudi de l’Ascension

 

I Jean IV, 11-16

 

Il leur paraissait. Pendant trois ans.

Il leur apparaissait. Pendant quarante jours.

Il disparaît. Jusqu’à son retour à la fin des temps.

Paraître .Apparaître. Disparaître : mystérieux itinéraire de cet Homme, hors du commun.

Il leur paraissait comme eux, comme un homme, avec son corps d’homme qui avait faim , qui avait soif et sommeil, et trop chaud et trop froid. Un corps qui savait le goût de la sueur et des larmes, l’oppression du cœur qui se met à battre trop vite sous le coup de l’émotion, de la compassion . Un corps à la sensibilité vive, parfois secoué par les tensions de la chair humaine, sur le qui-vive, la distance ou l’ abandon. Oui, même la tendresse. Ainsi de ce geste unique d’abandon du disciple « bien aimé » - symbole de ce à quoi chacune et chacun d’entre nous est appelé - , qu’il accueille parce qu’il est le signe d’une unité , d’une harmonie même de cet Homme avec sa propre sensibilité, son affectivité et celle de ce disciple, mais, en même temps, l’acceptant, le signifiant devant les onze autres, Il invite à l’élargissement, à cet universalité de l’amour divin qui ne saurait s’arrêter seulement sur une seule personne.

Rien de trouble, rien de possessif en Lui, puisque son Corps n’est pas blessé par le péché, celui des origines, qui a faussé en nous l’image que nous aurions pu devenir du Créateur. Lui, Fils d’Homme et Fils de Dieu, engendré et non pas créé, est totalement l’image du Père. Mystérieuse et unique singularité de cet Homme si semblable à nous mais dont la dissemblance affleure sans cesse. Avant sa mort et à sa Résurrection, déjà l’épisode qui annonçait une dissemblance plus radicale encore, était celui de la Transfiguration.

Après sa mort et sa Résurrection, le Christ ne parait plus devant les siens : Il apparaît et chaque fois, la dissemblance s’accentue. Un des traits communs à toutes les apparitions du Christ ressuscité – à Marie Madeleine, aux pèlerins d’Emmaüs, aux disciples au bord du lac de Tibériade, au rendez-vous en Galilée avec les onze dont certains doutent – est que d’abord Il n’est pas reconnu des siens. Il a un corps, un vrai corps, que les saintes femmes et Thomas vont même toucher pour vérifier physiquement, un corps qui boit et qui mange et qui ne parait plus soumis aux mêmes lois physiques du temps et de l’espace. Un corps rendu à une liberté dont il nous arrive peut-être de rêver mais dont nous ignorons tout.

Ce corps du Christ des quarante jours d’après la Résurrection jusqu’à l’Ascension, est un corps « intermédiaire », à la fois charnel et spirituel, corps de résurrection et corps de gloire qui préfigure la créature nouvelle que nous serons. L’ Ascension est, dans ce sens, une annonce prophétique de la condition humaine future, au-delà du terrestre.

Fortifiés par cette espérance, allons-nous, pour autant, les yeux perdus dans les cieux, mépriser notre corps d’aujourd’hui ? Dans l’espoir de flipper dans la béatitude finale ?

Notre corps d’aujourd’hui, quelle que soit l’estime ou le dégoût que nous en avons, a été ensemencé de divin par l’Incarnation du Christ, purifié par le Baptême et sacralisé par la présence de l’Esprit en nous. Promis à la re-création, à être rendu enfin à la liberté absolue vers laquelle il tend et gémît, il est déjà beau aujourd’hui, au regard de Dieu.

Même par un corps blessé par l’âge, par les épreuves et la maladie, par les trahisons du cœur, par ce corps peut passer au travers d’un regard ou d’un sourire, un peu, beaucoup d’amour – de cet amour-là qui peut rendre au respect de soi-même.

La vision, même furtive, d’un visage baigné par les larmes joyeuses de la grâce peut vous révéler une beauté qui rend nos appréciations esthétiques dérisoires et nous fait physiquement croire à la promesse d’une beauté souveraine et libre dans l’éternité. Signe de Dieu qui passe aujourd’hui par un corps.

Enfin, allant jusqu’au bout de la dissemblance, ce corps du Christ, après un dernier repas, se distingue d’eux, se détache et disparaît. Il était temps car voici que l’ancien malentendu revenait : « Est-ce maintenant que tu vas réaliser la Royauté en Israël ? »

Ce qu’avec son corps, son regard, sa parole, Il n’a pu leur faire comprendre, eh bien ! l’Esprit Saint, invisible, le leur fera découvrir. Avec succès. Décidément, il était bon pour eux qu’Il s’en aille !

 

Père de La Morandais

 

Père Alain Maillard de la Morandais

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Chapelle de l'Agneau de Dieu

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75012 Paris